Grand Pressigny

Arts Scéniques & Vieilles Dentelles – Festival 2017 (site officiel)

Le festival est mort, vive le festival

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Arts scéniques & Vieilles dentelles, Meurtre à responsabilité limitée au Grand Pressigny, par la Cie d’Irulaane

L’année dernière (2013), en passant dans le pays, j’ai entendu dire que Lauriane Renaud organisait le nouveau départ du Festival du Grand Pressigny. Il y a quelques semaines, j’ai pu avoir un aperçu du cru 2013 grâce à quelques informations glanées sur l’internet, et surtout une superbe vidéo. Je n’ai pas eu la chance de voir le festival l’an passé. Cette année, je ne verrai sans doute ni le festival ni les répétitions. Mais ce n’est que partie remise, Dieu le veuille.

répetion générale

D’abord ma joie. L’affaire reprend vie, et c’est un grand bonheur. Celui que j’ai éprouvé en arrivant au Grand Pressigny, en découvrant la dynamique artistique animant ce village depuis des années. Au-delà des circonstances houleuses qui ont abouti au baisser de rideau de Côté Jardin, en 2012, et des regrets que nous avons éprouvé en apprenant la fin des Paysages Nocturnes, nous avons vite aperçu un nouvel horizon possible. En ce qui me concerne, le travail de la Compagnie d’Irulaane est la preuve que les divergences ne sont que la surface des choses. Un peu comme les bagarres dans Astérix et Obélix, par Toutatis.

Ensuite ma confiance. L’expérience des Paysages Nocturnes a été pour tous un moment fort, il a laissé des archives dans nos cœurs, ennemis et amis, c’est un passé commun qui nous réconcilie. L’expérience humaine est la source des comédies que nous aimons lire et voir jouer. En témoigne le titre choisi par la Compagnie d’Irulaane en 2013, L’Affaire est close. A la seule lecture de la vidéo réalisée par Ananda Safo et Lauriane Renaud, il est clair que le spectacle peut avoir deux publics. Celui qui sait, et celui qui ignore par quoi Lauriane Renaud est passée avant de reprendre le festival. Un peu comme on ne lit pas Marcel Proust de la même façon quand on sait qu’Albertine s’appelait, en réalité, Albert.

Enfin, l’espoir que ce blog et mes écrits sur l’internet pourront aller à l’intention que j’ai toujours eu, permettre l’expression et le débat, le partage des idées. C’est pourquoi, après longtemps de silence, je rouvre ce blog pour que les amis et les ennemis d’hier se retrouvent et que les anciennes lignes de partage deviennent des lignes de création. Ce blog est ouvert à tous. Je me réjouirai de tous les commentaires. Je publierai les articles qu’on me proposera.

Au Grand Pressigny, je suis un étranger. Depuis mon départ, en 2009, si je veux y séjourner je dois dormir à l’hôtel. Je ne reçois aucune invitation, ni information. Un silence implacable tombe quand j’envoie des demandes à ceux qui pourraient me donner un accès, me faciliter la tâche ou m’accueillir. Je comprends ce silence, et je le respecte. La littérature m’a enseigné que les conflits sont aussi vieux que le monde, pourquoi m’étonnerais-je? Et pourquoi m’en indignerais-je? Comme je dis toujours, chaque fois que le diable veut noyer le poisson, il s’indigne. J’espère que ceux, parmi mes lecteurs, qui me feront l’honneur de me lire jusqu’au bout ne joueront pas son jeu en s’indignant de ce que je vais dire maintenant.

Je voudrais dire quelques mots particuliers sur un aspect délicat. Je sais que seul un débat pourra donner son sens à ce que j’écris. Il faut donc lire ceci avec toutes les réserves possibles et imaginables. Bien garder en mémoire qu’il ne s’agit pas d’une attaque, ni d’une interprétation paranoïaque. C’est une hypothèse.

Un peu partout sur internet, à propos de l’édition 2013, on peut lire le commentaire suivant: « en 1935, un petit journaliste fouinard, le mystérieux Hiks, avait fait éclater une sombre histoire de famille, agitant la haute bourgeoisie du village. » Notons, au passage, son nom, Hiks, que l’on prononce X. Et le fait que cette année, Hiks s’intéressera à un bordel, nommé le Temple. Cette relation directe avec la prostitution nous interroge d’autant plus que le Grand Pressigny n’a ni temple ni bordel, mais une Église. Par exemple, il aurait été plus vraisemblable de voir Hiks, ou X, enquêter sur la mort de Jésus. Qui l’a tué? Les juifs? Les romains? Le peuple? Les notables de Jérusalem?

Passons également sur Rabusseau, un syndicaliste rouge, ami de X, représentant de cette classe qui méprise le style distingué d’une bourgeoisie locale qui entend bien garder le monopole de ce style, et même les papiers sur lesquels on l’écrit. La victime du thriller de Lauriane étant en effet l’héritier des papeteries Dumont.

Dans la vraie vie, le journaliste était un blogueur et les faits se passaient entre 2008 et 2010. Laurianne Renaud a bien connu le blogueur, un certain P… Or ce blogueur était, justement, accointé avec un représentant du style populaire, un certain J. M., le Rabusseau de l’histoire, facteur le matin et rockeur le soir, accusé d’avoir levé la voix pour défendre son ami. Intéressons-nous à la vidéo réalisée par cette même Lauriane et la talentueuse Ananda, et plus particulièrement à la présentation du personnage de Hiks, ou plutôt X. Regardons-là, si vous le voulez:

Ceux qui savent qu’Albertine s’appelait Albert peuvent comprendre que quand un bon auteur parle de sexe, en réalité, ce n’est pas pour parler de sexe, mais de violence, de désir, de jalousie et bien sûr de meurtre. Proust est obsédé non par les fesses d’Albert, mais par son désir pour lui, affolé par les extrémités auxquelles ce désir pourrait le conduire. C’est tout-à-fait ce que semble nous dire Lauriane. La narration de la vidéo est comme la toile d’un cirque tendue entre deux pôles. La Veuve et le Journaliste côté face, la juive et le collaborateur côté pile. La question est la suivante: ceux qui connaissent le contexte de l’œuvre (ceux qui savent qu’Albertine s’appelait Albert) ne seront-ils pas tentés, même pour chasser cette idée aussitôt, de conclure que le mystérieux Hiks n’est autre que ce blogueur, soi-disant journaliste, accusé d’avoir empoisonné récemment la vie du village, le fameux P…?

La métaphore filée par le récit semble confirmer cette hypothèse. Prenons le cas de la victime, le notable Charles Dumont. On voit bien qu’il ne représente pas une personne, mais le festival du Grand Pressigny lui-même. Avant que Lauriane en prenne les commandes et le ressuscite, ce festival s’appelait les Paysages Nocturnes. Or ces Paysages avaient pour parents adoptifs, précisément, le maire du Grand Pressigny, et son épouse. Dans la vidéo, François Nicolas et Pascale jouent le rôle des parents de la victime. Les initiés savent que les notables du village ont dit que ce festival avait été assassiné. Certains ont même désigné des coupables. Le blogueur P… ayant eu les préférences du jury.

Il est difficile de croire que les acteurs initiés n’avaient pas cette idée en tête en tournant la vidéo. Quelle conscience en avaient-ils, c’est à eux de le dire. A l’époque de l’assassinat présumé des Paysages Nocturnes en effet, Lauriane, qui joue la Veuve, était déterminée à dire que le blogueur P… n’était pas un journaliste. Je ne sais pas si elle le pensait, mais c’était essentiel pour les organisateurs du festival. Pour des raisons que les initiés devraient connaître. Sans ce prétexte, ils n’auraient pas pu lui fermer toutes les portes, le faire condamner et le pousser à quitter le village.

S’il est intéressant de supposer que Lauriane a pensé au blogueur pour son personnage de Hiks, ce n’est pas pour le glorifier d’avoir obsédé l’égérie des Lettres de Touraine du Sud. Ceux qui voudrons se détendre avec de telles pensées, qu’ils aillent s’offrir un Spa. Nous refusons cette forme de mépris. Nous avons tous été peinés par la mort du festival. Il y a plus important que la gloriole d’un blogueur, ou les obsessions de tel ou tel. C’est notre vie, nos amours, nos affrontements, nos amitiés, nos difficultés, nos joies, tout ce qui a vocation à devenir la source de notre art. J’insiste, il est évident que le blogueur P… était présent à l’esprit des rédacteurs du scénario quand ils ont conçu X, ou Hick, et si mon hypothèse avait un seul intérêt, c’est de mieux comprendre cette expérience commune qui est la nôtre.

La première chose qu’on entend dire de Hick, dans la vidéo, c’est qu’il collabore avec la police. Avant la mort du festival, et pendant son agonie, il était très courant de traiter publiquement le blogueur P… de corbeau, de dénonciateur, et il est arrivé à Lauriane de le comparer à Goebbels, le chef de la propagande nazie comme chacun sait. C’était exagéré, bien entendu. Dans le contexte des années trente, dire d’un journaliste qu’il collabore avec la police est absolument sans ambiguïté. Bref, c’est un collabo. Comme un trait de fluo sur cette présentation initiale, on notera cette lettre de dénonciation de la juive Alice Cohen-Dumont. L’initié ne pourra donc pas manquer de se dire que non seulement le blogueur a inspiré le scénario, mais également tout le contexte des années trente. A double titre. Celui de journaliste contesté et celui de collabo.

On pourra m’objecter que c’est justement le contraire. Par bien des aspects, nous vivons une époque semblable aux années trente. Et si on a dit que le blogueur P.. était un collabo c’est que son activité soulevait de vrais problèmes. Le tollé a tellement marqués les esprits qu’on lui consacre aujourd’hui un festival. Et loin d’avoir collaboré avec la police, le blogueur P… a été poursuivi par la justice à six reprises. Ainsi mon hypothèse ne serait pas fondée.

Veillons tout de même à ne pas offenser la Gendarmerie du Grand Pressigny, qui en l’occurrence est la police de la vidéo. Pendant la mort du festival, elle a eu un comportement loyal. Certains gendarmes nous sont proches. Dans le bon sens. Protecteurs et parfois amis. Je peux attester de leur modération et de leur courtoisie. Déplorons seulement un peu trop de réticence à s’engager ouvertement en faveur de la médiation, cet élément capital de la paix civile. On pourrait m’objecter qu’il a toujours existé un accord cordial entre la police et les journalistes. Dans les meilleurs démocraties c’est ainsi que fonctionne la presse. Hick ne serait pas un collabo. Il collabore, sans être nazi. Et je veux bien l’admettre, mais la question méritait d’être soulevé en hommage aux gardiens de la République.

Quant aux journalistes de la Nouvelle République (la fameuse Gazette de la vidéo), il ne disent pas ce qu’ils pensent. Au Grand Pressigny, il est impossible de dire ce que l’on pense quand on écrit dans ce journal. Avant la mort de Charles Dumont, il était même impossible de dire que des gens pensaient autrement que les gens du château. Hick prenait ses informations de la police et aussi du château. La principale source de Hick, ce n’est pas la gendarmerie, c’est monsieur le maire. Et sûrement, clandestinement, sa femme et quelques notables des parages. Il serait bien de le préciser pour la pertinence historique du récit.

Espérons que les organisateurs du festival ne résisteront pas trop à mon hypothèse et qu’ils aborderont ses forces et ses faiblesses avec bonne foi. Quand on est marqué par une expérience, on lui doit la vérité. Lui mentir, ce serait produire de la mythologie. Et vous savez que la mythologie ne cherche pas la vérité, elle veut le coupable, et le châtiment du coupable à la fin. N’importe quelle fin, pourvu que la foule ait sa tête à couper. Faire de l’art pour alimenter un bûcher, voilà ce que j’appelle un piège diabolique. Les organisateurs du festival seront vigilants à ce sujet.

On m’objectera que si le blogueur P… avait vraiment inspiré leur travail, les organisateurs ne l’auraient pas dépeint en journaliste fouinard et collabo, mais plutôt en mari de Geneviève Bellanger, le beau valentin. Non à cause de son physique, mais parce que simplement, à l’époque de Charles, avant la mort du festival, le blogueur P… était le compagnon de l’actrice qui incarne Geneviève,  et qu’ils ont un enfant. Tout simplement. Certes. Mais la vidéo montre clairement qu’il existe une profonde complicité entre la Veuve noire, incarnée par Lauriane et…  Valentin. Or il n’a jamais existé quoique ce soit de cet ordre entre le blogueur P…  et Lauriane. Même si tous deux formaient le seul couple de blogueurs francophones du Grand Pressigny. Si certains veulent penser qu’il s’agit d’une stratégie de Lauriane pour noyer le poisson, qu’ils aillent au diable.

De plus, cela signifierait que le blogueur P… excitait l’admiration de Lauriane. On sombrerait dans le ridicule. Lauriane est un écrivain, une femme de lettre distinguée. Elle écrit et réalise un festival. Elle publie. Elle met en scène… Or, il n’est même pas sûr que le blogueur P… soit un journaliste. Un écrivain, n’en parlons pas. Pour les notables du Grand Pressigny, c’est un raté, un psychopathe, l’affaire est close. Après sa mort tragique, le festival avait besoin de renaître. Sinon de ses cendres, du moins de ses dentelles. Et cette fois, avec l’espoir qu’il supportera les critiques les plus fortes, les plus drôles ou les plus fantaisistes.

A ce propos, n’oublions pas qu’en en 2013 le drame se déroulait en 1935. En 2014, il se déroule en 1936. En 2015, il devrait se dérouler en 1937 et en 2016, en 1938. Or, si mes calculs sont bons, en 1939 ce sera la seconde guerre mondiale et pour nous, au train où vont les choses, une guerre encore moins digeste si nous faisons le mauvais choix. Et le choix sera simple, accepter enfin de nous réconcilier pour un monde en paix ou nous laisser glisser dans la mort, le désastre, la guerre de tous contre tous. C’est tout le sens et l’intérêt de mon hypothèse: un seul verre d’eau reflète le monde, écrivait Cocteau, dans son Orphée, imitant les messages de Radio Londres. Le Grand Pressigny aussi. Saurons-nous tirer les leçons de notre expérience ou, une fois de plus, et peut-être la dernière, persisterons-nous à chercher des coupables?

Car le Grand Pressigny est un petit village, mais il peut être un grand signe pour le monde. Voyez Nazareth. Petite localité, grande histoire. La querelle est banale, le mépris aussi. La brouille, la fausse indifférence, la rivalité c’est la facilité, la médiocrité. La réconciliation est exceptionnelle, c’est un événement si rare et gracieux qu’il nous paraît impossible. Mais il ne manquera pas de faire des merveilles. La réconciliation c’est la vie. Et c’est la création.

Pour ma part, d’ores et déjà, j’ai choisi la réconciliation. Le festival est mort, vive le festival.

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Written by Pierre-Henri Murcia

5 août 2014 à 6:55

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