Grand Pressigny

Arts Scéniques & Vieilles Dentelles – Festival 2017 (site officiel)

La Compagnie Irulaane ex-Côté Jardin et la presse

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2 – L’affaire du médecin empoisonneur

Le 13 juin 2011, Michel Embareck publie un article normal dans le journal Libération. C’est un article banal, orienté, comme tous les articles, partial, pas très soucieux d’approfondir, très approximatif. Son titre, Fini la Comédie, est en soi tout un programme. C’est du journalisme ordinaire. Pas de quoi fouetter un chat. Seulement, cette fois, c’est le festival du Grand Pressigny qui est visé. L’article, en ligne, est donc tombé comme une météorite sur les membres de la Compagnie Irulaane, ex-Côté Jardin.

François Nicolas Joannès Maire Grand Pressigny

Et vous, Christophe Roux, que ferez-vous?

Fini la Comédie. En apparence, on pouvait croire à un jeu de mot facile. La Compagnie Irulaane voulait son théâtre au Grand Pressigny, un très bon projet, porté à bout de bras par le maire de l’époque, François Nicolas Joannès. Clotaire, comme l’appellent ses intimes. On voit bien que c’est un homme gentil, qui aime jouer la comédie et qui ose parier sur des idées qui paraissent un peu utopiques. Pour une fois qu’on avait des gens capables de ne pas tout ramener à des questions d’argent! Or, cette comédie joyeuse avait pris fin avec une autre partie, une sinistre querelle politique – et surtout personnelle.

Dès son premier paragraphe, on est satisfait de voir que le journaliste, positivement enthousiaste, s’est trompé dans son élan prophétique en confondant l’échec de Côté Jardin, mué en Compagnie Irulaane, et la mort du festival. De plus, le Grand Pressigny n’a jamais connu de révolte populaire. Les élus se sont lâchés entre eux à cause de la mauvaise réputation de l’affaire, pas à cause de l’argent. L’argent aurait pu suivre si les organisateurs avaient pu s’adapter à l’apparition de l’internet et à l’évolution du journalisme. Le débat public a fait défaut et, avec lui, les relations publiques. Au Grand Pressigny, le sujet est encore tabou. Vous chercherez longtemps le peuple dans la rue. La comparaison avec le Printemps arabe est inadéquate.

Les deux paragraphes suivants font état des débuts du festival, alors que celui-ci, essentiellement muet, peuplait le village de fantômes. Il manque une information importante: Jean Jack Martin, alors membre de l’équipe organisatrice, avait lui-même souhaité voir José Manuel Cano Lopez, le metteur en scène du Plessis, prendre en main le festival pour lui faire connaître une nouvelle dimension. Ce n’est pas dit clairement dans l’article. Or Monsieur Cano Lopez va ensuite devenir le problème majeur de monsieur Martin, figure historique de la vieille haine entre des partis opposés sur tout, sauf sur l’essentiel, ne pas se réconcilier.

Laissons parler monsieur Embareck, on ne saurait mieux dire: « Une association, Côté jardin, présidée par le docteur Alan Poquet, médecin du bourg, est alors créée tandis que les Fantômes laissent la place à de magiques Paysages nocturnes. Du mime, on passe au théâtre à domicile. Les piécettes – Feydeau, Labiche, Molière – se jouent dans les jardins, salons, caves où les spectateurs sont parfois reçus avec tartines de rillettes et petit verre de chinon. Sous un magnifique jeu de lumières, ces lieux révèlent le patrimoine architectural du village dominé par un château du XIIe siècle. Bien sûr, bafouillis, trous de mémoire et fous rires émaillent parfois les textes. Qu’importe. Les visiteurs, plus sensibles à l’accueil qu’aux exigences de la Comédie-Française, pardonnent l’émouvante maladresse d’hôtes charmants. Sous l’impulsion du nouveau maire, François-Nicolas Joannès, pharmacien féru de théâtre souvent en première ligne sur les planches, la manifestation passe de trois jours à une semaine.« 

Selon monsieur Embareck, tout commence à foirer quand l’équipe de la compagnie Cano Lopez semble vouloir s’installer et monopoliser l’espace du festival, en faveur de ses professionnels et de son théâtre d’élite, au mépris du monde rural, rustique, local et bénévole. Nous sommes en 2005, donc, et tout le monde commence à être sur les dents. C’est sans doute à cette époque que Jean Jack Martin produira son premier libelle avant de se retirer. Les conflits personnels ont déjà pris le dessus sur les réalités sociologiques.

Le journaliste nous dit ensuite que les Paysages nocturnes sont entrés dans une sorte de dérive. En prenant le festival en otage, la compagnie Cano Lopez n’aurait pas seulement donné le premier rôle à ses professionnels, elle aurait aussi creusé le fossé entre les partisans d’une soi-disant culture élitiste, et ceux d’une soi-disant culture populaire. Le photographe Jean-Pierre Lenfant déclare avoir cessé de couvrir les Paysages nocturnes parce « qu’il fallait dès lors posséder un bon niveau de culture théâtrale pour apprécier cet embryon d’Avignon off« . En somme, c’était la guerre des Bodins contre la Comédie Française. Ce qui expliquerait le titre de l’article. La Maria aurait fini par avoir le dernier mot.

Les organisateurs du festival ne partageaient pas cette analyse. En se déclarant eux-mêmes du côté de Molière, ils estimaient être resté du côté populaire. Ce qui est vrai, même si l’humour de la La Mastication des morts, pièce de Patrick Kermann, tentée en 2007, n’a pas été perçu par tous. Et même s’il se présente clairement sous les traits d’un théâtre institutionnel qui, tout en reprenant les poncifs de la gauche bohème, n’a rien, lui, de spécialement populaire.

En réalité, le public aurait pu accepter n’importe quel spectacle de qualité. Je crois que derrière l’idée d’un partage entre deux camps, celui des élites et celui du peuple, se cachait une querelle d’orgueil mal placé.

La Compagnie d’irulaane continue de faire un théâtre populaire, avec des polars, des défilés de mode et des histoires de bordel. Rien donc de l’avant-garde déconstructiviste et de la mise-en-scène expérimentale. J’ai parfois cédé à la tentation, moi-aussi, de faire la différence entre les notables et les paysans (ou les commerçants) grincheux. Ceux qu’il faut éduquer d’un côté, et ceux qui vont leur expliquer qu’on ne peut pas vivre sans Tchekhov de l’autre. Le festival du Grand Pressigny était en crise et tout le monde, en rabattant un peu de son égo, aurait pu apaiser les choses.

Ainsi, un clivage artificiel se crée, qui finit par ressembler à un clivage politique de type gauche-droite. Le journaliste cite une conseillère municipale qui évoque « la dégradation du climat entre un groupe plutôt bourgeois et des bénévoles plutôt ouvriers ». Lauriane Renaud, à l’époque, croit en ce clivage. Derrière les ouvriers, les commerçants du Grand Pressigny se reconnaîtront comme ce qu’elle nomme des « grincheux ». Car le clivage cache l’égo. Il permet, en prenant l’autre comme bouc émissaire, de ne pas se voir soi-même comme cause du problème. Pour ma part, à cette époque, j’ai déjà dissipé cet écran de fumée et je ne me sens moi-même plus très à l’aise face à ma propre responsabilité. C’est pourquoi aujourd’hui je n’éprouve aucun embarras et je peux voir les choses comme elles sont. Comme le Roi et la Reine des Fées dans le Songe d’une Nuit d’été, nous nous sommes disputés pour des broutilles qui se sont enflée à l’échelle des projections de nos vanités hallucinées. Par une belle nuit d’été, comme dans la pièce de Shakespeare.

C’est pourquoi, quand Michel Embareck affirme ensuite que l’annonce de la construction d’un théâtre aurait déclenché une panique « du donjon d’Etableaux au lavoir du Pontreau », à cause de son coût trop élevé, je n’en crois pas un mot. Nous sommes alors en 2011, et les responsables du projet ont clairement démontré leur incapacité d’accepter la controverse. Il n’existe donc aucune possibilité, pour la collectivité, d’admettre le projet. Pour l’admettre, il faut le comprendre. Pour le comprendre, il faut en parler. Comme le souligne un vieil enseignant cité dans l’article, « il s’agit d’une population souvent âgée qui rechigne à s’exprimer contre le médecin et le pharmacien du bourg, deux personnes en charge de leur santé. » Manière très élégante et euphémistique de dire que le Président Alan Poquet et le Maire François Nicolas Joannès ont mené une politique sinon de terreur, du moins d’intimidation sur le sujet (et qui plus est usant de leur pouvoir médical, ce qui relève de la monstruosité éthique. Et le fait que la justice n’a rien trouvé à y redire ne prouve qu’une chose: l’état calamiteux de la déontologie des professions libérales. Car en ce qui me concerne, la vérité ne se mesure pas au pouvoir de qui l’énonce, et notre justice aurait dû, si elle avait été en bonne santé morale, mettre un terme à ce scandale. Or, non seulement elle ne l’a pas fait, mais elle l’a encouragé).

Plutôt que de se remettre en question, les organisateurs du festival ont voulu passer en force, notamment par le recours à la justice, le viol des libertés fondamentales et l’intimidation.

A propos du viol des libertés fondamentales, l’article a déformé des faits me concernant. Il fait relater l’affaire par Philippe Guilloux, décorateur pour le Grand Théâtre de Tours et les ballets de Monaco  et qui, selon Alan Poquet, n’était même pas présent le jour où la Compagnie d’Irulaane, ex-Côté Jardin, a porté atteinte au droit de circuler librement sur le territoire français (voir la vidéo). Parlant de moi, Monsieur Guilloux raconte: « Je me souviens (…) avoir vu injurier et littéralement jeter hors de la salle des fêtes le correspondant du quotidien local à la suite d’une réflexion tout juste bonasse ». C’est vrai que, comme on peut voir dans la vidéo, j’ai été injurié et jeté dehors. Mais je n’ai fait aucune réflexion, et je me tenais dans le public, filmant à une distance respectueuse; et j’ai gardé, avec mon calme, un silence réservé. Je suis donc bien placé pour savoir que les organisateurs du festival avaient raison de critiquer les approximations du journaliste.

Au lieu de se repentir, La Compagnie d’irulaane ex-Côté Jardin a pris prétexte de l’événement pour me faire condamner une première fois en justice. Le document vidéo l’a toujours empêché d’enfermer la vérité dans le caveau du mensonge. Même son (véritable) ennemi, Michel Embareck, n’a pas su dire la vérité complète à ce sujet.

Trois ans plus tard, enragés par la parution de l’article de Libération, et comme ils ne pouvaient s’en prendre à Michel Embareck, les gens de la Compagnie ont trouvé n’importe qu’elle prétexte pour me trainer une seconde fois en justice. C’est pourquoi le Président de l’association, et donc toute la Compagnie d’Irulaane ont dit que j’avais accusé le médecin d’empoisonner les enfants du village.

Voilà, chère nouvelle venue, cher nouveau venu, comment le « Méchant » a été condamné une seconde fois, sur la base de cette fable. Des magistrats ont gobé cette fable, comment ne pas vous pardonner de l’avaler à votre tour?

Vous êtes intelligents, puisque vous m’avez suivi en ce lieu, et vous avez vu que mon récit, en revanche, n’est pas une fable, de toute évidence. C’est une histoire circonstanciée et argumentée. Ne la mettez pas dans votre poche. Allez voir vos amis et soyez sincères avec eux. Ils ont menti hier. L’erreur est humaine. Ils mentiront aujourd’hui? Persévérer est diabolique. Si vous les ramenez à la raison, je connais une enfant qui arrive en âge de savoir lire et qui saura demain que sur ce coup vous avez été grand.

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6 Réponses

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  1. Désolé d’avoir été trop fatigué hier mais on a bien avancé. Bien vu cet article. On voit bien que tu n’hésites pas à te remettre en cause et en question. Au faite bonne chance pour ton bouquin!!! « Le Guide pratique de l’amour en enfer« . Je crois que jouer notre pièce dans la perspective du mort, c’est pas mal!! J’espère qu’à M… ils vont pas t’accuser d’être le Sphinx!!! Ah Ah!!!

    Marco

    16 mai 2016 at 7:43

  2. Je ne sais pas ce qui se passe à M… La place est pleine de camions de pompiers… Je crois qu’ils font une simulation d’attaque terroriste! C’est du délire. Un jour de Pentecôte, ils craignent peut-être que le Saint Esprit nous tombe dessus avec les langues de feu de l’Apocalypse. J’ai envoyé mon roman à trois éditeurs, Gallimard, Minuit et P.O.L. Minuit a refusé, je dois récupérer le texte et l’envoyer à Grasset. Au Grand Pressigny, ils m’ont déjà pris pour le Sphinx, le mal absolu et radical et je crois que Lauriane prépare une version d’Oedipe Roi où on pourra voir la foule en délire, dans son comportement irrationnel et mimétique, se jetant sur un bouc émissaire (ce qu’elle appellera pudiquement les Erinyes). Je crois qu’elle est hantée par ce qui s’est passé en 2008, c’était déjà très visible lors de la première édition de son festival, comme je le montre ici: le festival est mort, vive le festival.

    Pierre-Henri Murcia

    16 mai 2016 at 8:10

  3. Suis profondément choqué par certaines choses que j’ai lu dans votre article
    j’ai déjà entendu parler de vos méthodes mais maintenant j’ai la confirmation… J’ai une amie qui a travaillé avec Lauriane elle a gagné beaucoup de confiance en elle. C’est toujours plus facile de critiquer quand on ne fait rien soi-même.

    Fabrice Alco

    16 mai 2016 at 9:42

  4. Fabrice, lisez bien, je n’ai jamais dit le contraire.

    Pierre-Henri Murcia

    16 mai 2016 at 9:08

  5. je vois que ton histoire au Grand Pressigny suscite des réactions !!!

    maga

    21 mai 2016 at 1:37

  6. Oui, je viens d’apprendre que maintenant ils vont tenter d’emmurer la petite Antigone vivante. Car il paraît que ce sera le thème du festival, enquêter sur les auteurs de sa mort.

    Pierre-Henri Murcia

    23 mai 2016 at 12:02


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